Millésime d'Or 2025 | Architecture et urbanisme
La Boussole
Restructuration de l'ancienne friche administrative de Saint-Dié-des-Vosges en médiathèque et en office de tourisme
Maître d'oeuvre: Dominique Coulon & Associés
Maître d’ouvrage : Communauté d’Agglomération de Saint-Dié-des-Vosges
© Eugéni Pons
Transformer sans effacer : l'intelligence de l'existant
© DCA
À Saint-Dié-des-Vosges, ville presque entièrement détruite en novembre 1944 puis reconstruite après-guerre, chaque bâtiment hérité de cette période participe d'une mémoire collective.

Parmi eux, un vaste ensemble administratif occupait une place particulière au cœur de la ville. Commissariat de police, tribunal de grande instance, chambre de commerce… derrière une façade qui semblait homogène se cachait en réalité un assemblage de constructions successives organisées autour d'une cour intérieure.

Le temps avait fini par brouiller la lecture de cet ensemble. Les extensions successives avaient masqué son organisation d'origine et les usages eux-mêmes avaient disparu. Pourtant, plutôt que d'effacer cette histoire, la Communauté d'Agglomération de Saint-Dié-des-Vosges choisit de lui donner une nouvelle vie en y installant un équipement culturel réunissant médiathèque, office de tourisme, salles d'exposition, espaces pédagogiques et lieux de rencontre.
© DCA
L'architecture de la retenue
© DCA
L'architecture n'a pas toujours besoin de s'affirmer par de grands gestes.
Dominique Coulon choisit une autre voie : intervenir avec mesure sur l'enveloppe du bâtiment pour concentrer l'invention là où elle transforme réellement les usages.

Les façades retrouvent leur cohérence, les menuiseries sont reprises avec précision, certains ajouts successifs disparaissent et une nouvelle rampe accompagne naturellement le visiteur jusqu'à l'entrée. Rien ne cherche à réécrire l'histoire du lieu.
L'extérieur prépare simplement ce que le visiteur découvrira une fois le seuil franchi: une architecture profondément renouvelée de l'intérieur.

Cette retenue n'est pas une économie de moyens. C'est un choix. Celui de considérer que la transformation la plus profonde ne se lit pas d'abord sur les façades, mais dans la manière dont un bâtiment accueille désormais celles et ceux qui le traversent.

Accompagner plutôt que contraindre
© DCA
Dominique Coulon résume lui-même sa démarche par une formule qui dépasse largement ce chantier:

«Travailler dans l'existant, c'est apprendre à aimer le bâtiment

Car le projet refuse la confrontation. Les irrégularités de la structure sont conservées. Les poteaux demeurent à leur place. Les contraintes deviennent des qualités.

L'architecture n'impose pas un ordre nouveau; elle accompagne une construction qui possède déjà son caractère, son rythme et ses imperfections.
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Entrer dans le bâtiment
© Eugéni Pons
Le véritable projet commence une fois la porte franchie.

L'ancienne cour devient un vaste atrium couvert de près de 300 m², baigné d'une lumière filtrée par une verrière polychrome rouge et jaune. Sous cette lumière mouvante, un nouvel espace public rassemble désormais les différents usages du bâtiment. Lecture, rencontres, conférences, expositions, travail ou simple passage se côtoient naturellement dans un même paysage intérieur.

Ce cœur central distribue progressivement tous les univers de La Boussole. Les circulations ne sont plus de simples couloirs ; elles deviennent des séquences architecturales où alternent ouvertures, cadrages, volumes suspendus et changements d'atmosphère. Le visiteur découvre peu à peu le bâtiment, sans jamais en saisir l'ensemble d'un seul regard.
© Eugéni Pons

Une succession d'atmosphères
© Eugéni Pons
La médiathèque n'est pas pensée comme un espace uniforme.

Chaque univers possède sa propre identité. Ici, un grand gradin rouge invite à la lecture collective; plus loin, une galerie noire joue avec les reflets et les transparences; ailleurs, un espace entièrement habillé de bois accueille la bibliothèque léguée par Jules Ferry à sa ville natale. Les espaces dédiés aux enfants dialoguent avec le jardin tandis que les salles d'exposition prolongent naturellement les parcours de visite.

Dominique Coulon parle volontiers d'un «collage d'atmosphères». Chaque séquence possède sa lumière, ses matériaux, son acoustique, son rythme propre. L'architecture accompagne les usages plutôt qu'elle ne les impose.
© Eugéni Pons

La lumière comme matériau
© Eugéni Pons

La verrière polychrome constitue l'un des gestes majeurs du projet.

Elle ne se contente pas d'éclairer l'atrium : elle transforme la lumière elle-même en matière architecturale. Les couleurs évoluent au fil des heures et accompagnent les déplacements des visiteurs.

Suspendu au-dessus du vide, un volume miroir attire discrètement le regard.
Il abrite l'un des trésors de la médiathèque: un ouvrage ancien particulièrement précieux, consultable uniquement sur rendez-vous.
Le symbole rejoint ici la fonction; l'objet architectural protège autant qu'il révèle.
Mise en place de la structure du volume miroir suspendu / © DCA
Depuis la cour intérieure / © Eugéni Pons
Volume suspendu depuis l'intérieur, renfermant le livre précieux / © Eugéni Pons

Faire dialoguer architecture, design et création
© Eugéni Pons
Le projet dépasse largement la seule réhabilitation d'un bâtiment.

En hommage à l'histoire moderne de Saint-Dié et aux liens entretenus avec Le Corbusier, le mobilier fait entrer dans les espaces des créations de Jean Prouvé, Charlotte Perriand ou encore Le Corbusier lui-même.

Plus encore, la Ville accepte la proposition de Dominique Coulon d'associer des artistes vivants de Saint-Dié au projet. Sculptures, peintures et tapisseries réalisées à Aubusson trouvent naturellement leur place dans le parcours du visiteur.

Le bâtiment devient ainsi un véritable lieu de création, où architecture, design, patrimoine et art contemporain dialoguent sans hiérarchie.

Un chantier partagé
© Eugéni Pons
Le chantier, conduit entre 2019 et 2023, traverse les années de la pandémie. Malgré les difficultés, les entreprises locales restent fortement mobilisées.

Dominique Coulon évoque leur implication avec émotion: chacun avait le sentiment de participer à un projet destiné à sa propre ville, bien au-delà d'un simple marché de travaux.

Cette fierté collective se retrouve aujourd'hui dans la qualité des finitions comme dans l'appropriation immédiate du lieu par les habitants.
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Le regard du Geste d'Or
La Boussole démontre qu'une réhabilitation exemplaire ne tient pas nécessairement à des gestes spectaculaires.

Elle naît d'abord d'une qualité d'écoute. Écoute d'un bâtiment, de son histoire, de sa structure, de son territoire et de ceux qui le feront vivre. Dominique Coulon est de ces architectes qui ne dessinent pas seulement des bâtiments. Ils façonnent des réalités.
L'architecture cesse alors d'être un objet pour devenir une manière d'habiter le temps.

À Saint-Dié-des-Vosges, chaque espace invite à ralentir, à regarder, à partager.
Plus qu'un architecte du bâti, il devient un architecte de la réalité, créant des lieux où le temps, grâce à l'espace, retrouve sa place : celui de la réflexion, de la transmission et du dialogue.