Geste d'Or  | Personne d'Or 2025 | Architecture et urbanisme
Restauration de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg
Adrien Schaff - Chef Maçon (Personne d'Or),  DRAC Grand Est, Pierre-Yves Caillaut ACMH, Chanzy Pardoux, ECP

Le chef maçon Adrien Schaaf / Chanzy-Pardoux
Lauréate du Geste d’Or 2025, la restauration de la coupole de la croisée de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg rappelle qu’un monument historique n’est jamais immobile.
Il traverse les siècles, les incendies, les bombardements, les restaurations successives, les savoir-faire transmis et les regards nouveaux portés sur lui. Ici, au cœur même de l’édifice, la coupole apparaît comme une mémoire construite, sans cesse reprise, consolidée, réinterprétée.
Une histoire constructive en mouvement
1875, construction de la tour de Gustave Klotz
1944, le bombardement des alliés
La tour de croisée et sa couverture racontent plusieurs vies de la cathédrale.
La toiture romane du XIIIe siècle laisse place, vers 1320, à la « mitre » gothique. Puis viennent l’incendie de 1759, les reconstructions du XVIIIe siècle, le bombardement prussien de 1870, la grande intervention de Gustave Klotz à la fin du XIXe siècle, avant les destructions et restaurations liées à la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, restaurer Strasbourg ne signifie pas retrouver un état supposé d’origine.
Il s’agit plutôt de comprendre les strates du temps, les traces des usages, les cicatrices mêmes du monument. Le chantier devient alors une lecture du bâti autant qu’une intervention technique.
Relevé photogrammétrique, Alexander Kühn

Relevé graphique manuel par Heike Hansen / DRAC Grand-Est
Le chantier au cœur de la cathédrale
Pilotée par l’État, via la DRAC Grand Est, sous la maîtrise d’œuvre de Pierre-Yves Caillault, architecte en chef des Monuments historiques, l’opération menée entre 2022 et 2025 a concerné l’ensemble de la coupole, de l'intérieur comme de l'extérieur.
Dans cet espace contraint, suspendu au-dessus du chœur, l’installation d’un impressionnant échafaudage suspendu fut déjà en soi une prouesse.

Les interventions ont mobilisé :
- consolidation des maçonneries,
- purge des anciens enduits,
- nettoyage des nervures,
- reprises des décors,
- traitements de dessalement,
- restauration de la charpente,
- couverture en plomb,
- relevés scientifiques et archéologie du bâti.
 DRAC Grand-Est
Le chantier associe ici l’observation scientifique au travail de la main.
Le relevé photogrammétrique dialogue avec l’enduit dressé à la main ; les analyses du LRMH accompagnent le geste du maçon ; les cordistes interviennent dans les dernières finitions au plus près des voûtes.
Phase de tests et dessalement des maçonneries — entreprise BPE Laboratoires, fournitures ECP
Les travaux d’enduisage et de restauration des maçonneries ont notamment mobilisé les solutions techniques et matériaux développés par ECP, utilisés dans les phases de tests, de dessalement et de reprise des enduits, en lien avec les entreprises spécialisées et les équipes scientifiques du chantier.
Une intelligence des métiers
Comme souvent dans les grands chantiers patrimoniaux, la réussite tient à la rencontre des savoir-faire.
Maçons, tailleurs de pierre, charpentiers, couvreurs, cordistes, restaurateurs de décors peints, échafaudeurs, ingénieurs et chercheurs ont œuvré ensemble autour d’une même exigence : intervenir sans effacer.
Les entreprises Chanzy-Pardoux, Le Bras Frères, Acromax, Europe Échafaudages, BPE Laboratoires ainsi qu’ECP ont participé à cette œuvre collective où chaque métier trouve sa place dans une chaîne de transmission.
Le geste dans la matière
Adrien Schaaf, Chef maçon / Chanzy-Pardoux
Le Geste d’Or distingue également Adrien Schaaff, chef d’équipe en maçonnerie, dont l’engagement sur le chantier témoigne de cette attention portée à la matière, au détail, au temps long du chantier. Le dressage des enduits, le nettoyage patient des nervures, les reprises manuelles réalisées au cœur même de la coupole rappellent que le patrimoine n’est pas seulement affaire d’architecture.
Il dépend aussi d’une intelligence du geste, d’une expérience du matériau et d’une présence humaine capable d’interpréter l’existant plutôt que de le contraindre.
Comprendre pour transmettre
Vue de la Coupole en travaux / DRAC Grand-Est
À Strasbourg, la coupole restaurée ne donne pas l’impression d’un monument « remis à neuf ». Et c’est sans doute là l’essentiel.

La pierre conserve ses irrégularités, les volumes gardent leur gravité ancienne, la lumière continue de glisser sur les nervures comme elle le faisait avant nous.
Rien ici ne cherche l’effacement du temps. Au contraire : le chantier lui redonne une lisibilité. Entre les analyses scientifiques, les relevés archéologiques, les échafaudages suspendus au-dessus du vide et le travail patient des compagnons, cette restauration montre ce qu’est réellement un chantier patrimonial contemporain : une conversation entre la matière, l’histoire et ceux qui la servent. Dans la cathédrale de Strasbourg, le geste n’est jamais décoratif. Il engage une responsabilité.

Celle de transmettre un édifice qui porte encore les traces de ses incendies, de ses bombardements, de ses reconstructions successives — et désormais aussi celles de notre époque.
Vue de la Coupole restaurée / Chanzy-Pardoux
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